Jean-Pierre Rosnay

 

Jean-Pierre Rosnay, né le 8 avril 1926 à Lyon et mort le 19 décembre 2009 àParis, est un poète et écrivain français du xxe siècle. Poursuivant sans relâche un combat pour rendre la poésie contagieuse et inévitable, son nom est devenu indissociable du Club des poètes1 et du rituel « Bonsoir, amis, bonsoir ! » par lequel débutaient ses émissions de poésie à la radio et la télévision.

Biographie 

Il est issu d'un milieu populaire (son père Gabriel était contremaître à l'usine Berliet, il découvre la poésie par un oncle qui lui fait lire les classiques. Engagé très jeune dans la Résistance armée contre les nazis, il en garde des blessures irréparables et un profond sens de la révolte. Fonde après guerre le mouvement des Jeunes Auteurs Réunis, à travers lequel il publie ses premiers recueils de poèmes. Fonde en 1961 le cabaret Club des poètes1 (poèmes dits, poèmes chantés) pour dit-il « rendre la poésie contagieuse et inévitable ». Parallèlement, il anime des émissions de poésie à la radio et la télévision jusqu'en 1983, et tient la rubrique poésie de l'hebdomadaireLes Nouvelles Littéraires.

 

Engagement dans la Résistance

jean pierre rosnay


En octobre 1941, il entre dans les maquis de la Résistance contre le nazisme à l'âge de 15 ans et demi.

Sous le pseudonyme de "Bébé", il appartient au Premier groupe franc de l'Armée Secrète commandée par le futur général Jean Vallette d'Osia. Il combat en Haute-Savoie, au Mont Mouchet et dans le Maquis du Vercors. Il reçoit la Croix de guerre à 17 ans.

Les circonstances 

« Les circonstances ont fait de moi à 15 ans et demi, un membre du premier groupe-franc de l'Armée secrète en Haute-Savoie »

Son père Gabriel Roméas était un membre important de la Résistance en Rhônes-Alpes (mouvement Combat). Un soir d'octobre 1941 son père ne revient pas. Suivant les instructions de celui-ci, Jean-Pierre Rosnay détruit des papiers et rejoint un contact. Il demande à se battre. On regarde avec étonnement ce gringalet de 15 ans. Cependant c'est le fils de Gabriel. Alors, on le prévient qu'il règne de dures conditions "là-haut" et qu'il n'est pas permis de redescendre du maquis. Devant son obstination on le conduit au camp du Grand-Môle, situé au dessus du village de Saint-Jeoire, en Haute-Savoie. Il s'agit alors du premier maquis de France, qui compte une trentaine de jeunes gens (plus tard l'Armée Secrète s'organisera en trentaines.

À 15 ans, Jean-Pierre Rosnay en est le benjamin. Mais il faut bien comprendre que dans ces premières années de guerre les maquisards sont tous très jeunes, leur chef Henri Plantaz-Lavaz n'a que 19 ans6. Ils sont « ces adolescents ivres de liberté, infiniment neufs, ces anges, dont quelques-uns étaient imberbes - les autres fiers de leur poils au menton »7.

Lorsqu'il doit adopter un pseudonyme, il propose Tom Mix. On se moque de lui : "bébé, va". Et Bébé devient son nom de guerre.

Avant de dire un poème sur la Résistance ou d'évoquer un fait d'armes, Jean-Pierre Rosnay rappelait toujours ce rôle des circonstances, en minimisant ainsi son engagement pourtant volontaire dans la Résistance.

Les combats 

Sous le pseudonyme de "Bébé", il appartient au Premier groupe franc de l'Armée Secrète commandée par le général Jean Vallette d'Osia. Il combat tout d'abord en Haute-Savoie, fait partie des combattants envoyés prendre part à la Bataille du Mont Mouchet en mai 1944 en Haute-Loire et en Lozère. Il écrit des poèmes et des chansons de marche pour soutenir le moral des combattants. Il aura la surprise d'entendre certains de ses poèmes sur les ondes de Radio Londres. A Combovin, dans le Vercors, les maquisards croisent la communauté de Boimondeau créée par Marcel Barbu.

En 1944, chargé d'éliminer Klaus Barbie, il est arrêté suite à une trahison. Incarcéré à l'École de santé militaire, siège de la Gestapo de Lyon, il est torturé pendant 4 mois par les services de Klaus Barbie. Il s'en évade et rejoint le maquis du Vercors pour reprendre le combat jusqu'à la Libération. Il y sera gravement blessé lors de l'attaque d'un convoi allemand ; la vision du ciel bleu précédant son évanouissement et le souvenir de ses amis tombés à ses côtés le poursuivront toute sa vie ; il cherchera longtemps à en donner l'écho dans ses poèmes (la vision du ciel « brûlé [par] la flamme d'un invisible chalumeau jusqu'à ce bleu douloureux » sera retranscrite 40 ans plus tard dans le poème « Fragments et reliefs »).

Enrôlé dans l'armée régulière, il sert brièvement dans les forces d'occupation en Alsace et en Allemagne.

Les JAR 

Il fonde après la guerre le mouvement poétique des Jarivistes (JAR : "Jeunes auteurs réunis") auquel participèrent entre autres son beau-frère Georges MoustakiGuy BedosGeorges Brassens, etc., et qui défraye la chronique en organisant des « scandales poétiques » (enlèvement de Julien Gracq, enterrement de l'existentialisme), dans la lignée des surréalistes à l'égard de qui il prend pourtant des distances en affirmant renouer avec une tradition poétique qui fait rimer le cœur avec la raison.

Après Robert Desnos, avec Philippe Soupault et André Frédérique, il est un des précurseurs d'une poésie qui prend à contre-pied le mythe du poète maudit et prétend trouver son public, en ne négligeant pas d'utiliser pour cela les nouveaux médias : radio, télévision, téléphone, minitel, internet... ou le cabaret.

jprosnayptit

Radio et télévision 

Dès le début des années 1960, il présente des émissions poétiques à la radio et à la télévision, intitulées « Le Club des poètes », et commençant par sa célèbre formule « Amis de la poésie, bonsoir! » ou parfois « Bonsoir amis, bonsoir! ».

Plusieurs fois censurées à cause d'un ton très libre, ses émissions "à éclipse" se sont prolongées pendant 25 ans. Ainsi en pleine guerre d'Algérie le poème Liberté Égalité Fraternité de Victor Hugo fait scandale et l'émission est interdite plusieurs années, plus tard les interviews de Louis Aragon ou Pablo Neruda disparaissent mystérieusement (et l'émission est interdite...).

Éclectiques, d'un ton très libre et n'acceptant aucune hiérarchie établie, ses émissions proposaient aussi bien des poèmes d'humour, des fables pour les enfants, des poèmes classiques, des poèmes mis en musique ou dits à plusieurs voix, des auteurs classiques, célèbres ou injustement méconnus (Louis EmiéYvan GollSaint-Pol-Roux, ...), etc.

Le cabaret Club des poètes

Dans le même temps il fonde un cabaret en 1961 où, avec sa « muse » (c'est son mot) et épouse, Tsou, il organise des rencontres avec des poètes et des spectacles poétiques, et où sont venus lui rendre visite, entre autres, Louis AragonRaymond QueneauPablo NerudaAna BlandianaVinícius de MoraesMa DeshengMichel-Georges Micberth, etc). Il a organisé en 1978, avec Léopold Sédar Senghor, le premier Festival international de poésie de Paris, qui a accueilli des poètes du monde entier, à l'occasion de spectacles dans tous les hauts-lieux poétiques parisiens (hommage à Apollinaire au Pont Mirabeau, "Poètes devant Dieu" à Notre-Dame de Paris, Récital Victor Hugo, Place des Vosges).

Son œuvre poétique

Dès ses premiers recueils publiés aux édition des Jeunes auteurs réunis (JAR), dont il était l'animateur, Jean-Pierre Rosnay inaugure une parole poétique qui, sans se préoccuper des Écoles et des théories, a pour vocation de rejoindre son lecteur dans son expérience la plus simple et la plus intime de la vie, dans une langue limpide, chaleureuse et accessible, qui ne veut parler que de l'essentiel : la vie, l'amour, la mort, les enfants, et encore la vie. Marqué par son expérience de Résistant, dont il dévoile l'initiation spirituelle dans son premier livre publié chez Gallimard et salué en 1957 par Raymond QueneauLe Treizième Apôtre, il trouve dans la poésie une forme de Résistance prolongée contre la brutalité des hommes. « J'ai le regret du sang versé / Maudit soit le bruit de la guerre / Tous ceux qui ont connu ma mère / Iront au ciel la retrouver ».

Œuvres

 

----------------------

A Tsou l'égyptienne

 

Par-dessus le toi des guitares
Ses yeux et son sourire bleu
La nuit mêlée à ses cheveux
Chaque train oubliait sa gare
Le flux et le reflux de la mer intérieure
Qui animait mon coeur à la cause du sien
Me faisait ressemblant à ces ombres de chien
Qu'on voit laper la nuit des restes de lueurs
Mon égyptienne ma mythique
Quand nous baignerons-nous à nouveau 
Au port d'Alexandrie entre ces vieux rafiots
Dont la voile crevée donnait de la musique
Du haut de la plus haute pyramide
Léchée par des millions de regards touristiques
Entre Son Lumière légendes et cantiques
Je t'apporte ces mots de sang encore humides
Ces inhumains versets d'amours supra-humaines
Quand le poète écrit d'amour à son aimée
Il charge son crayon d'encre à éternité
Puis lui dit simplement Madame je vous aime
Et je vous saurais gré de l'avoir remarqué 

Jean-Pierre Rosnay