JEAN CASSOU

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Jean Cassou, né le 9 juillet 1897 dans le quartier de Deusto à Bilbao (Espagne) et mort le 16 janvier 1986 à Paris, est un écrivain, résistant, critique d'art,traducteur, et poète français. Il est également le directeur-fondateur du Musée national d'art moderne de Paris et le premier président de l'Institut d'études occitanes.

Son père, ingénieur des Arts et manufactures, meurt alors qu'il n'a que seize ans. Jean Cassou effectue ses études secondaires au lycée Charlemagne en subvenant aux besoins de sa famille, puis commence une licence d'espagnol à la Faculté des Lettres de la Sorbonne à Paris. Il la poursuit en 1917 et 1918 en étant maître d'études au lycée de Bayonne et, ajourné plusieurs fois, n'est pas mobilisé pour la Grande Guerre. Secrétaire de Pierre Louÿs, il tient à partir de1921 la chronique Lettres espagnoles dans la revue Le Mercure de France, époque où il devient l'ami du poète espagnol Jorge Guillén avec lequel il produira toute sa vie de nombreuses correspondances1. Il réussit en 1923 le concours de rédacteur au ministère de l'Instruction publique et publie en 1926 son premier roman. De 1929 à 1931, il est conseiller littéraire des Éditions J.-O. Fourcade,2 aux côtés de Henri Michaux.

Biographie

Devenu inspecteur des Monuments historiques en 1932, Jean Cassou est en 1934 membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes et directeur de la revue Europe de 1936 à 1939. En 1936 il participe au cabinet de Jean Zay, ministre de l'Éducation nationale et des Beaux-arts du Front populaire. Il est alors favorable à l'aide à la République espagnole, se rapproche du Parti communiste avec lequel il rompt en 1939 lors du pacte germano-soviétique. En avril 1940 il est affecté au Musée national d'art modernedont il devient conservateur adjoint, puis conservateur en chef durant quelques semaines avant d'être destitué en septembre 1940. Tandis qu'approchent les armées allemandes, il est envoyé au château de Compiègne et se consacre à la sauvegarde du patrimoine national.

L'occupation

Révoqué de son poste de conservateur du Musée d'art moderne par le régime de Vichy, il entre dans la Résistance dès septembre 1940, rédigeant ses premiers tracts. Il protège Wilhelm Uhde. Retrouvant certains de ses amis qui partagent ses options, Claude Aveline, Agnès Humbert, il rencontre le groupe clandestin du Musée de l'homme, Boris Vildé, Anatole Lewitsky et Paul Rivet. Avec Aveline, Agnès Humbert, Simone Martin-Chauffier et Marcel Abraham, il assure la rédaction du journal du groupe Résistance (six numéros de décembre 1940 à mars 1941). Tandis que de nombreux membres du groupe du musée de l'Homme sont arrêtés, il échappe à la Gestapo et se réfugie à Toulouse. Agent du « réseau Bertaux » à partir d'août 1941. Il est arrêté en décembre 1941 pour ses activités au musée de l'Homme et emprisonné à la prison militaire de Furgol à Toulouse où il compose de tête, sans la possibilité de les écrire, ses Trente-trois sonnets composés au secret, publiés en 1944 sous le pseudonyme de Jean Noir. Grâce au Front national des musiciens, Henri Dutilleux en prit connaissance, et mit l'un des poèmes, La Geôle, en musique.

Libéré après un an de prison, il est envoyé par la ST au camp d'internement de Saint-Sulpice (Tarn). Sur injonction de la Résistance au directeur de la ST, il est libéré en juin 1943 et reprend ses activités de résistant comme inspecteur de la zone Sud. Il est également rédacteur des Cahiers de la Libération et Président du Comité régional de Libération de Toulouse. Le Gouvernement provisoire de la République française le nomme en juin 1944 commissaire de la République de la région de Toulouse ; il y côtoie Serge Ravanel, chef régional des FFI. En août, au moment de la libération de la ville, sa voiture rencontre une colonne allemande : deux de ses compagnons sont tués et il est laissé pour mort. Transporté à l'hôpital dans le coma il est remplacé mais maintenu dans son titre, dont il démissionne après un an de convalescence.

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En 1945 Jean Cassou retrouve sa fonction de conservateur en chef des Musées nationaux et est nommé conservateur en chef duMusée national d'art moderne, poste qu'il occupe jusqu'en 1965. En 1971 il reçoit le Grand Prix national des lettres et en 1983 le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres pour l'ensemble de son œuvre. Il meurt le 16 janvier 1986 et est enterré au cimetière parisien de Thiais. Il fut un militant actif du Mouvement de la Paix et était le beau-frère du philosophe Vladimir Jankélévitch (1903-1985).

Œuvres

  • Éloge de la Folie, 1925

  • Les Harmonies viennoises, roman, Paris, Émile Paul, 1926

  • Le Pays qui n'est à personne, roman, Paris, Émile Paul, 1927

  • La Clef des songes, roman, 1928

  • Vie de Philippe II, Paris, Gallimard, 1929. 12. Ed. (Orig. 1927. Vies des hommes illustres. Nr. 29 )

  • Panorama de la littérature espagnole contemporaine, Paris, Kra, 1929 (éd.augm. 1931)

  • Comme une grande image, roman. Editions Emile-Paul frères, 1931

  • Les Nuits de Musset, essai, Paris, Émile Paul, 1931

  • Bayonne, Paris, Émile Paul.

  • Frédégonde, Trémois.

  • Grandeur et infamie de Tolstoï, essai, Paris, Bernard Grasset, 1932

  • Les Inconnus dans la cave, roman, Paris, Gallimard, 1933

  • Les Massacres de Paris, roman, Paris, Gallimard, 1935

  • Pour la poésie, essai, Paris, Corréa, 1935

  • Tempête sur l'Espagne, Paris, L'Homme réel, 1936

  • La Querelle du réalisme, Paris, ESI, 1936

  • Cervantes, Paris, ESI, 1936

  • Légion, Paris, Gallimard, 1939

  • Quarante-huit, essai, Paris, Gallimard, 1939

  • Trente-trois sonnets composés au secret, Paris, Éditions de Minuit, 1944 ; rééd. Poésie/Gallimard, 1995

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    Le Centre du monde, roman, Paris, Le Sagittaire, 1945

  • L'heure du choix (coll.), Paris, Éditions de Minuit, 1947

  • Le quarante-huitard, Paris, PUF, 1948

  • Situation de l'Art Moderne, Paris, Éditions de Minuit, 1950

  • La folie d'Amadis et autres poèmes, Paris, 1950

  • La Voie Libre, Paris, Flammarion, 1951

  • La Rose et le vin : Poèmes suivis d'un commentaire. Hors-texte de Lancelot Ney, Paris, 1952

  • Le nu dans la peinture européenne, Paris, Braun, 1952

  • La Mémoire courte, essai, Paris, Éditions de Minuit, 1954; rééd. Mille et une Nuits, 2001

  • Parti pris, essai, Paris, Albin Michel, 1961

  • Dernières pensées d'un amoureux, roman, Paris, Albin Michel, 1962

  • Le Voisinage des cavernes, roman, Paris, Albin Michel, 1971

  • La Création des mondes, essai, Paris, Éditions Ouvrières, 1971

  • Une Vie pour la liberté, essai, Paris, Robert Laffont, 1981

Arrêté en décembre 1941 pour son engagement dans la Résistance, Jean Cassou est enfermé à la prison militaire de Furgol à Toulouse. Mis au secret, il compose de tête 33 sonnets. Transféré au camp de Saint-Sulpice dans le Tarn, il est libéré en juin 1943 sur pression de la Résistance. Les poèmes retranscrits par leur auteur sont publiés clandestinement sous le pseudonyme de Jean Noir aux Editions de Minuit au printemps 1944.

        

VIII

Il nʼy avait que des troncs déchirés,

que couronnaient des vols de corbeaux ivres,

et le château était de couleur de givre,

ce soir de fer où je mʼy présentai.

Je nʼavais plus avec moi ni mes livres,

ni ma compagne, lʼâme, et ses péchés,

ni cette enfant qui rêvait de vivre

quand je lʼavais sur terre rencontrée.

Les murs étaient blanchis au lait de sphynge

et les dalles rougis au sang dʼOrphée.

Des mains sans grâce avaient tendu des lignes

aux fenêtres borgnes comme des fées.

La scène était prête pour des acteurs

fous et cruels à force de bonheur.

IX

Traduit de Hugo von Hoffmannsthal

Une coupe au bord de la bouche,

elle allait dʼun si ferme pas

et la main si sûre que pas

une goutte ne se versa.

Il montait un cheval farouche.

Si sûre et ferme était sa main

que, frémissant au coup de frein,

le cheval sʼarrêta soudain.

Et, pourtant, quand la main légère

et lʼautre main gantée de fer

cette simple coupe tendit,

ils tremblaient si fort, elle et lui,

que les mains se rencontrèrent,

et le vin se répandit.

(Toute lecture était interdite aux prisonniers. Un jour, pourtant, un fragment dʼun numéro du Pariser Zeitung me tomba sous la main. Mon compagnon de cellule et moi, nous dévorâmes la feuille infâme : cʼétait tout de même quelque chose de lire. Jʼeus la joie dʼy retrouver un sonnet de Hoffmannsthal : Die Beide, célèbre pièce dʼanthologie qui mʼavait toujours charmé et que, au cours dʼune nuit dʼinsomnie, je mʼefforçai dʼadapter à notre langue)

Jean Noir [Jean Cassou], 33 sonnets composés au secret,

Editions de Minuit, 1944. pages 54-55.

 La plaie que, depuis le temps des cerises…

La plaie que, depuis le temps des cerises,  

Je garde en mon coeur s’ouvre chaque jour.
En vain , les lilas, les soleils, les brises
Viennent caresser les murs des faubourgs.

Pays des toits bleus et des chansons grises

Qui saignes sans cesse en robe d’amour,
Ex plique pourquoi ma vie s’est éprise
Du sanglot rouillé de tes vieilles cours.

Aux fées rencontrées le long du chemin
Je vais racontant Fantine et Cosette.
L’arbre de l’école, à son tour, répète 
Une belle histoireoù l’on dit demain
Ah! que jaillisse enfin le matin de fête
Où sur les fusils s’abattront les poings!

Jean Cassou