René Tavernier poète publie les oeuvres de Louis Aragon en pleine occupation en 1942 dans la revue Confluence qu'il dirige!

 

 

rené tavernier

Jeune poète, René Tavernier publia avant-guerre ses premiers poèmes dans La NRF (ce qui lui valut les éloges de Jean Wahl), puis Signes (1943) et Formes et couleurs (1943). Passionné de littérature, il dirigea, à partir du n° 7, la revue Confluences fondée par Jacques Aubenque : de juillet 1941 à 1943, en pleine Occupation, René Tavernier publia Louis Aragon (à cause d’un de ses textes, la revue fut suspendue d’août à octobre 1942), Pierre Emmanuel, Paul Eluard, Henri Michaux, Jean Wahl, Max Jacob, Guillevic…

À partir de 1950, sa revue ayant cessé de paraître, il collabora au Progrès de Lyon, à Liberté de l’Esprit, aux Cahiers du Sud. Nommé président du P.E.N. Club français en 1979, il devint vice-président du P.E.N. Club international en 1984. René Tavernier reçut, en 1987, le Grand Prix de poésie de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre.

 

De l'œuvre littéraire de René Tavernier, les archives révèlent une part méconnue : les nombreux manuscrits maintes fois retravaillés de projets autobiographiques inédits tels "Des écrivains m'ont parlé", "Qui je fus, qui je suis" ou des projets historiques sur la ville de Lyon ou encore sur la figure de Néron et enfin de nombreux récits de fiction ou projets de romans. La poésie n'est pas moins présente dans ces archives, qu'il s'agisse des manuscrits des nombreux poèmes de René Tavernier publiés ou inédits, depuis les années 30 jusqu'aux années 80, ou de ses travaux consacrés à la poésie comme son projet de livre sur Alain Borne ou la préparation du N°100-103 de Poésie.

 

bertand tavernier

 

 

D'autre part, les archives contiennent un ensemble d'articles, critiques d'ouvrages majoritairement, pour divers journaux ou magazines auxquels contribuait René Tavernier. A cet ensemble de notes, brouillons et dactylographies, s'ajoutent les textes de conférences, la documentation et la presse réunie par René Tavernier témoignant de son engagement continuel soit en tant que directeur de la revue Confluences de 1941 à 1943, expérience essentielle qui ne cessera de rayonner dans les archives    Bertrand Tavernier cinéaste fils de René

(même si la revue Confluences est l'objet d'un autre fonds à part entière) soit en tant que président et membre fondateur de l'association France-Nouveau Liban en 1978, soit en tant que président du P.E.N. Club français en 1979, et enfin en tant que vice-président du P.E.N. Club International en 1984. Une correspondance vient compléter cette documentation. Enfin, c'est une part plus personnelle qui est aussi conservée dans les archives de René Tavernier : cahiers d'une ébauche de journal, cahiers de listes de livres lus, de notes de lecture, de notes géopolitiques ainsi que quelques lettres et souvenirs familiaux.

 

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Il y en a qui prient, il y en a qui fuient »

 

Il y en a qui prient, il y en a qui fuient,

Il y en a qui maudissent et d’autres réfléchissent,
Courbés sur leur silence, pour entendre le vide,

Il y en a qui confient leur panique à l’espoir,

Il y en a qui s’en foutent et s’endorment le soir

Le sourire aux lèvres.

 

Et d’autres qui haïssent, d’autres qui font du mal

Pour venger leur propre dénuement.

Et s’abusant eux-mêmes se figurent chanter.

Il y a tous ceux qui s’étourdissent…

 

Il y en a qui souffrent, silence sur leur silence,

Il en est trop qui vivent de cette souffrance.

Pardonnez-nous, mon Dieu, leur absence. I

l y en a qui tuent, il y en a tant qui meurent.

 

Et moi, devant cette table tranquille,

Écoutant la mort de la ville,

Écoutant le monde mourir en moi

Et mourant cette agonie du monde.

 

René Tavernier, paru dans Positions, 1943

 

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Sous l’Occupation, trois revues s’opposent à la NRF de Drieu La Rochelle et font « acte de résistance » : Confluences, Fontaine et Poésie 40.

Confluences

Confluences porte comme sous-titre « Revue de la Renaissance française ». Elle a été créée par Jacques Aubenque en 1941. René Tavernier en assure la direction à partir du numéro 3. Elle ne connaît qu’une brève période d’interruption entre août et octobre 1942 où elle est interdite de parution. De très nombreux auteurs (qui ont préalablement écrit dans Poésie 40, 41) publient dans Confluences : Louis Aragon, Pierre Emmanuel, Paul Éluard, Henri Michaux, Francis Ponge, Robert Desnos, Max Jacob, Eugène Guillevic, André Frénaud, Jean Wahl, Louis Martin-Chauffier, Jean Paulhan, Gabriel Marcel… Dans le premier numéro de juillet 1941, Marc Barbezat brosse un tableau élogieux de Fontaine et de Poésie 41. Confluences publiera d’ailleurs des poèmes de Pierre Seghers.

Le fonds 1941-1950 de la revue Confluences est déposé à l’IMEC : www.imec-archives.com

  • Sur le site, aller dans Collections > fonds d’archives > sélectionner la lettre /C/ > choisir Confluences. Retrouver les sommaires de la revue Confluences – 1941-1944 pour la première série et 1945-1948 pour la seconde – sur le site Revues littéraireswww.revues-litteraires.com
  • Sur le site, sélectionner la lettre /C/ > choisir le nom de la revue Confluences

 

Fontaine

Cette revue, créée par Charles Autrand en 1938, paraît d’abord sous le nom de Mithra. Elle prend son titre définitif en 1939. Publiée à Alger jusqu’en 1944, elle joue un rôle considérable pendant la Seconde Guerre mondiale en devenant une tribune d’expression privilégiée de la Résistance littéraire, grâce à l’investissement constant de Max-Pol Fouchet. Plusieurs écrivains dits « engagés », ou apparentés, publient dans ses colonnes : Louis Aragon, Antonin Artaud, Georges Bernanos, René Char, Georges-Emmanuel Clancier, Pierre Emmanuel, Pierre-Jean Jouve, Henri Michaux, Jean Wahl. Paul Éluard y publie « Liberté » en 1942.

 

Le Fonds 1938-1948 de la revue Fontaine est déposé à l’IMEC.

 

Poésie 40

Pierre Seghers fonde Poètes casqués 39 en 1939, qui devient en 1940 Poésie 40 (puis Poésie 41, Poésie 42, etc.). Émanation des « poètes de la Résistance », elle se veut « ouverte à toutes les voix ».

Dans son Panorama des revues littéraires sous l’Occupation, Olivier Cariguel rappelle le sort extraordinaire d’un certain nombre de ces fascicules pendant la Seconde Guerre mondiale et va même jusqu’à retrouver quelques chiffres de vente, toutes tendances idéologiques confondues. À titre indicatif, on signalera les exemples ci-dessous.

Titre Animateurs Lieu Tirage
Les Lettres françaises Jacques Decour   12 000
La Chronique de Paris Robert Brasillach   6 000
France Jean Arfel, qui deviendra Jean Madiran Angoulême 6 000
La NRF Drieu La Rochelle   entre 5 000 et 9 000
Confluences René Tavernier Lyon 5 000
Poésie 40 Pierre Seghers   5 000
Cahiers du Sud fondés par Marcel Pagnol       et    dirigés par Jean Ballard Marseille 5 000
Les Étoiles Aragon   entre 3 et 5 000
Fontaine Max-Pol Fouchet Alger 2 000