Hugo, le génie de la révolte par Mediapart

 

VICTOR HUGO EN MAGE DES BARRICADES MYSTERIEUSES

Totor n'était pas un révolutionnaire-né. Son évolution de la droite vers la gauche connut une incomplétude. En d'autres temps, nous chipoterions : trop déiste, trop moraliste, trop sage.

Il écrivait, le 28 avril 1871 :

« Je suis pour la Commune en principe et contre la Commune en application. »

N'aimait-il pas, en définitive, un prolétariat vaincu, foudroyé ; laissant hors de danger une bourgeoisie alors admonestée, une fois que le mal était fait ?...

N'y pensons plus aujourd'hui : le mois de mai approche, la révolte gronde et Hugo paraît à la rescousse ! L'exposition consacrée à son activité politique fait l'effet d'un réveil-matin (réveil-Grand Soir !). L'injustice, la rapacité, la cruauté d'une société aveugle à l'autre et sourde au pauvre convertirent un royaliste à la République, puis le républicain à un avant-goût du socialisme. Hugo constate et se rebelle, ressent puis profère, résiste en versifiant. Voici que son esprit séditieux joue à saute XXe siècle, pour nous enjoindre de n'être pas moutons. Nous ressortons fortifiés, indociles et reconnaissants. Il est décidément « le ténébreux par qui tout dégénère » (Les Contemplations, 1856) :

          On y revient ; il faut y revenir moi-même.           

Ce qu'on attaque en moi, c'est mon temps, et je l'aime.           

Certes, on me laisserait en paix, passant obscur,           

Si je ne contenais, atome de l'azur,           

Un peu du grand rayon dont notre époque est faite.

          Hier le citoyen ; aujourd'hui le poëte.           

Le “romantique” après le “libéral”. – Allons,           

Soit ; dans mes deux sentiers mordez mes deux talons.           

Je suis le ténébreux par qui tout dégénère.           

Sur mon autre côté lancez l'autre tonnerre.

 

Aung San Suu Kyi à la maison de Victor Hugo lors de sa viste à Paris l'an dernier.
Aung San Suu Kyi à la maison de Victor Hugo lors de sa viste à Paris l'an dernier.

 

La Dame de Birmanie et Prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, tint à se rendre place des Vosges, le 27 juin 2012, en hommage à cet homme qui avait, selon elle, « compris que toute véritable révolution part de l'intérieur ». L'exposition “Hugo politique” est dédiée à la visiteuse venue de Rangoon, avec laquelle l'écrivain français semble avoir dialogué, voilà cent cinquante ans : « C'est au-dedans de soi qu'il faut regarder le dehors. » Toutefois, inflexible et révolté, Hugo a des cris capables de contrecarrer l'inhumanité triomphante (Les Châtiments, 1853) :

          Ah ! quelqu'un parlera. La muse, c'est l'histoire.           

Quelqu'un élèvera la voix dans la nuit noire.           

Riez, bourreaux bouffons !           

Quelqu'un te vengera, pauvre France abattue,           

Ma mère : et l'on verra la parole qui tue           

Sortir des cieux profonds !         

          Ces gueux, pires brigands que ceux des vieilles races,           

Rongeant le pauvre peuple avec leurs dents voraces,           

Sans pitié, sans merci,           

Vils, n'ayant pas de cœur, mais ayant deux visages,           

Disent : – Bah ! le poète ! il est dans les nuages.           

Soit. Le tonnerre aussi.

 

 

“Hugo Politique”. Maison de Victor Hugo : 6, place des Vosges 75004 Paris. Tous les jours sauf lundis et jours fériés de 10h à 18h. Jusqu'au 25 août 2013.

www.musee-hugo.paris.fr