Combien l'Algérie serait forte si elle reconnaissait tous ces enfants ! Musulmans, Juifs, Chrétiens, Athées, ils ont tous brûlé pour qu'elle vive indépendante. N'est-il pas monstrueux de    faire une distinction entre nos martyrs? Le lecteur trouvera ici deux texte : le premier, de William Sportisse, nous parle de Fernand Iveton. Le second raconte l'épopée d'Henri Maillot. Une épopée dans laquelle William joua un rôle clé.    

Disons ici notre affection à William Sportisse, enfant de Constantine, Moudjahed de l'indépendance nationale, toujours vivant, et toujours fidèle au combat pour la liberté et la justice sociale.

Ramdane HAKEM

 

                                William Sportisse

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Né Meyer William Sportisse, le 10 décembre 1923 à Constantine, issu de famille juive de Constantine. Comme nombre de juifs constantinois de sa génération, il parle parfaitement l’arabe, sa langue maternelle.

Ses deux frères aînés furent d’importants militants communistes : Lucien, instituteur devenu maçon et dirigeant syndical, bête noire de l’administration coloniale dans les années 1930, mort sous les balles de la Gestapo française en mars 1944 à Lyon, à l’âge de 39 ans ; et Bernard, dirigeant des Jeunesses communistes (JC) dans les années 1930, emprisonné pour son action clandestine sous Vichy, militant après 1945 à Constantine puis dans la semi-clandestinité à Alger après son expulsion de Constantine pendant la guerre d’indépendance.

Il était responsable et le créateur d’un noyau des CDL (Commandants de la libération), réseau d’action et de soutien à l’ALN-FLN. Ses frères et sa sœur militaient également pour l’indépendance nationale. Ancien administrateur d’Alger Républicain

William Sportisse arriva à Budapest au début de l’année 1954 pour préparer le lancement de l’émission Radio Il était assisté par l’Association des journalistes hongrois. La première diffusion eut lieu le 28 mai 1954. L'équipe de rédaction, dirigée par William Sportisse, quitta la Hongrie en décembre 1955 pour rallier l'action clandestine en Algérie.

A partir de 1956 et durant toute la guerre d’indépendance, il est à la tête du noyau communiste clandestin de Constantine, échappant aux recherches policières et coordonnant les réseaux de propagande et de soutien matériel au FLN-ALN.

William Sportisse était l'ami d’Henri Maillot tombé au champ d’honneur le 5 juin 1956 et de Fernand Iveton le seul français guillotiné, exécuté le 11 février 1957.

Après l’indépendance, il rejoint tout naturellement le PCA (Parti communiste algérien), puis a sa dissolution, il est membre du PADS (Parti Algérien pour la démocratie et le socialisme), il milite toujours pour la liberté et la justice sociale.

Début de l’année 1963, il rejoint la direction d’Alger républicain, pour assurer la responsabilité du secrétariat général de la rédaction. La nationalité algérienne lui a été attribuée le 18 janvier 1965.

Après le coup d’Etat de juin 1965, il est assigné à résidence, et ne retrouve la liberté qu’en 1974. Il a vécu et milité en Algérie jusque 1994, année de son exil en France sous la menace des tueurs intégristes.

Il poursuit jusqu’à ce jour son activité au sein du Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS), héritier du PCA.

                                                                       Fernand Iveton

Fernand Iveton est né à Alger le 12 juin 1926. Il a un peu plus de trente ans quand il est guillotiné le 11 février 1957 à la prison de Barberousse d’Alger.

Le père, Pascal, enfant recueilli par l’Assistance Publique avait reçu le nom patronymique d’Iveton. Pascal vécut dans un    quartier populaire d’Alger, le Clos Salembier (aujourd’hui El Madania). Communiste et syndicaliste, Pascal Iveton fut révoqué sous le régime de Vichy de son emploi à Électricité et Gaz d’Algérie    (EG.A.).

Fernand, son fils, suivit son exemple en devenant employé de l’usine à gaz d’El-Hamma au Ruisseau. En 1943, il adhère à la    section de la Redoute (un quartier proche du Clos Salembier) des jeunesses communistes. Il milite aux côtés d’Henri Maillot et Ahmed Akkache au sein de cette section. Quand L’Union de la Jeunesse    Communiste Algérienne est dissoute pour faire place à l’Union de la Jeunesse Démocratique Algérienne qui rassemblera dans ses rangs des jeunes communistes et nationalistes et d’autres patriotes, Fernand Iveton rejoindra le cercle de la redoute de l’UJDA. Il militera également au sein des syndicats d’Algérie affiliés à la CGT de France (Confédération Générale du Travail) puis à l’UGSA    (Union Générale des Syndicats Algériens) organisation syndicale algérienne qui demeurera affiliée à la CGT. Il sera désigné par les travailleurs de l’usine à gaz du Hamma comme délégué    syndical.

En 1953, il épouse Hélène Ksiazek, une Polonaise émigrée en France, qu’il connut lors de l’un de ses séjours en région    Parisienne. Son épouse le rejoint et ils s’installeront au Clos Salembier.

En juin 1955 il s’intègre dans les groupes armés des Combattants de la Libération au côté de Abdelkader Guerroudj, Félix    Collosi, Mohamed Hachelaf, Yahia Briki, Georges Accampora et d’autres camarades communistes.

Après l’Accord FLN-PCA les Combattants de la Libération sont intégrés dans l’ALN-FLN, il fera partie du commando du Grand Alger.    Après avoir participé à plusieurs actions (sabotages de wagons sur le port, incendie des Bouchonneries Internationales) il sera chargé de placer une bombe à l’usine à gaz du Hamma. Elle est    déposée le 14 novembre 1956. Mais tout prouve qu’il a pris toutes ses précautions pour que la bombe ne cause que des dommages matériels. À ce propos Pierre Vidal-Naquet écrit dans sa préface à    l’ouvrage de jean Luc-Einaudi « Pour l’exemple. L’affaire Fernand Iveton. Enquête » ce qui suit : « Iveton ne voulait pas d’une explosion-meurtre. Il voulait une explosion témoignage.    »

Dans son ouvrage « Des douars et des Prisons » Jacqueline Guerroudj qui lui a apporté la bombe fabriquée par Abderahmane Taleb    et Daniel Timsit raconte qu’elle était chargée de lui donner deux bombes. Le 25 novembre 1956, onze jours seulement après son arrestation il est passé devant le tribunal. « Dans une atmosphère de    pogrom » est-il écrit dans « La guerre d’Algérie » tome 2, page 364 (ouvrage sous la direction d’Henri Alleg). Il est condamné à mort au cours d’une parodie de procès « dans un prétoire où    montaient des cris de haine et de mort ».

Le ministre français de la Justice de l’époque, François Mitterrand, et le président de la République Française refuseront de le    gracier après la demande introduite par ses avocats. Le 11 février 1957 au petit matin il sera guillotiné en même temps que deux autres patriotes algériens. « Fernand Iveton, Mohammed Ouennouri    et Ahmed Lakhnèche marchent courageusement au supplice.

Les 3 hommes s’embrassent et clament « Vive l’Algérie libre ! » au pied de la guillotine tandis que, de la prison tout entière, s’élève un grand cri de solidarité, de colère, d’espérance. Les détenus politiques pleurent,    entonnent des chants patriotiques, ébranlent de leurs poings les portes des cellules. »

Dans sa dernière lettre à son avocat José Nordmann, Iveton déclare :

« Pour moi, seuls la lutte de notre peuple et l’appui désintéressé du peuple Français sont les gages de notre libération. »

Source : Alger Républicain, le site

      

                                                                      Henri Maillot 

Les armes dont avait besoin l’ALN, il fallait les arracher à l’ennemi, pensait Henri Maillot. C’est l’idée qui germa dans sa ête dès les premiers moments de son séjour à la caserne de Miliana où il avait été rappelé, au mois d’octobre 1955, comme officier de réserve.

Venu en permission chez ses parents, à La Redoute, à l’occasion des fêtes de fin d’année, il rencontra son camarade du Parti communiste, William Sportisse. Celui-ci, en route vers Constantine, était venu rendre visite à la famille Maillot. Les deux camarades ne s’étaient pas vus depuis plusieurs mois.

Le temps des retrouvailles passé, Henri confia à William l’idée qui lui trottait par la tête : capturer un camion d’armes. L’idée acceptée par les dirigeants du PCA clandestin fit son chemin.

Pour la réaliser, il fallait évidemment du courage, du sang-froid et de l’intelligence. Ces qualités, Henri Maillot les réunissait. Un groupe de la branche armée du PCA -les Combattants de la libération **- se forma et passa à l’action.

Le 6 avril 1956, l’Echo d’Alger, un quotidien à gros tirage, titrait à la une : «Un important chargement d’armes disparaît dans    la forêt de Baïnem, 123 mitraillettes, 140 revolvers, 57 fusils, un lot de grenades et divers uniformes ont été subtilisés.» Au lendemain de cette opération de commando réussie en plein cœur d’Alger, Henri Maillot, qui l’a conduite de main de maître, transmet à la presse internationale une lettre qui fera le tour du monde :

«L’écrivain français, Jules Roy, écrivait, il y a quelques mois : ‘‘Si j’étais musulman, je serais du côté des    fellagas’’. Je ne suis pas musulman mais je suis Algérien d’origine européenne. Je considère l’Algérie comme ma patrie. Je considère que je dois    avoir à son égard les mêmes devoirs que tous ses fils. Au moment où le peuple algérien s’est levé pour libérer son sol natal du joug colonialiste, ma place est aux côtés de ceux qui ont engagé le    combat libérateur…

Le peuple algérien, longtemps bafoué, humilié, a pris résolument sa place dans le grand mouvement historique de libération des    peuples coloniaux qui embrase l’Afrique et l’Asie. Sa victoire est certaine. Il ne s’agit pas, comme voudraient le faire croire les gros possédants de ce pays, d’un combat racial mais d’une lutte    d’opprimés sans distinction d’origine contre leurs oppresseurs et leurs valets sans distinction de race…

En accomplissant mon geste, en livrant aux combattants algériens des armes dont ils ont besoin pour le combat libérateur, des    armes qui serviront exclusivement contre les forces militaires et policières, les collaborateurs, j’ai conscience d’avoir servi les intérêts de mon pays et de mon peuple, y compris ceux des    travailleurs européens momentanément trompés.»

Ce message fut reproduit par le journal Liberté, organe du PCA clandestin, et largement diffusé.Les armes furent acheminées aux    maquis de l’ALN, dans la Wilaya IV, par une formidable chaîne humaine qui fit preuve d’une extraordinaire ingéniosité pour déjouer l’ennemi aux abois.

Dans la constitution de cette chaîne, Odet Voirin et Ahmed Belhadjouri jouèrent un rôle crucial. Henri Maillot connut une mort    héroïque le 5 juin 1956.

Repéré avec son groupe, au djebel Sidi Derraga, au flanc nord de l’Ouarsenis, par les fidèles du bachagha Boualem, auxiliaire servile de l’autorité coloniale, il fut    capturé. Il préféra mourir que de s’agenouiller. Il fut tué debout par des militaires français de son âge, arrivés en Algérie avec le contingent. Cinq de ses camarades du groupe, Maurice Laban,  Belkacem Hannoun, Djillali Moussaoui et Abdelkader Zelmat ont connu également la mort. Henri Maillot naquit à Alger le 21 janvier 1928.

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Il adhéra très jeune au Parti communiste algérien où sa conscience nationale se développa à travers les luttes constantes menées    avec ses camarades contre le colonialisme. Il fit partie de la direction nationale de l’Union de la jeunesse démocratique algérienne (UJDA) aux côtés d’un de ses frères d’armes, Nour Eddine Rebah, tombé au champ d’honneur, dans les monts de Blida, à Bouhandès, au sud-ouest de Chréa, le 13 septembre 1957

Sources : http://eldzayer.unblog.fr/henri-maillot/