Federico García Lorca est un poète et dramaturge espagnol, également peintre, pianiste et compositeur, né le 25 juin 1898 à Fuente Vaqueros près de Grenade et mort fusillé par les franquistes le 19 août 1936 à Viznar.

garcia lorca

 

« Pero el 2 no ha sido nunca un número

es una angustia y su sombra… »

Pequeño poema infinito, 10/1/1930. Nueva York

« Mais le 2 n'a jamais été un nombre

Parce qu'il est une angoisse et son ombre… »

Petit Poème Infini, 10/1/1930. New York

Biographie

Après plusieurs années passées à Grenade, il décide d'aller vivre à Madrid pour rencontrer enfin le succès. Il y devient l'ami de Luis Buñuel, Salvador Dalí et Sanchez Mazas, parmi ceux qui deviendront des artistes influents en Espagne.

Pendant les quelques années qui suivent il s'implique de plus en plus dans son art et dans l'avant-garde espagnole. Il publie trois autres recueils de poèmes, dont Romancero Gitano (1928), son recueil de poèmes le plus connu.

Cependant, vers la fin des années 1920, Lorca est victime d'une dépression, exacerbée par une angoisse due à la difficulté grandissante de cacher son homosexualité à ses amis et sa famille. Cette disparité entre son succès comme auteur et la souffrance de sa vie privée atteint son paroxysme lors de la collaboration des deux surréalistes, Dalí et Buñuel, pour le film Un chien andalou (1929) que Lorca interprète, comme une allusion, voire une attaque à son encontre.

En même temps, sa relation intense, passionnée, mais non réciproque, avec Salvador Dalí s'effondre quand ce dernier rencontra sa future épouse. Consciente de ces problèmes (mais peut-être pas de leurs causes) la famille de Lorca s'arrange pour lui faire faire un long voyage aux États-Unis d'Amérique en 1929-1930. Il y a une aventure avec George Lowex.

Son retour en Espagne en 1930 coïncide avec la chute de la dictature de Miguel Primo de Rivera et la proclamation de la République. En 1931, Lorca est nommé directeur de la société de théâtre étudiante subventionnée, La Barraca, dont la mission est de faire des tournées dans les provinces essentiellement rurales pour présenter le répertoire classique. Il écrit alors la trilogie rurale de Bodas de sangre (« Noces de sang »), Yerma et La casa de Bernarda Alba (La Maison de Bernarda Alba).

Quand la Guerre civile espagnole éclate en 1936, il quitte Madrid pour Grenade, même s'il est conscient qu'il va vers une mort presque certaine dans une ville réputée pour avoir l'oligarchie la plus conservatrice d'Andalousie.

Il y est fusillé par des rebelles anti-républicains et son corps est jeté dans une fosse commune à Víznar. Le régime de Franco décide l'interdiction totale de ses œuvres jusqu'en 1953 quand Obras completas (très censuré) est publié.

En 1956 on érige le premier monument à García Lorca. C'est bien sûr, loin de l'Espagne de Franco, en Amérique du Sud, dans la ville de Salto, en Uruguay, grâce à l'initiative de son ami américain, l'écrivain Enrique Amorim. On construit un mur en briques de béton, à la rivière du fleuve Uruguay. Sur la surface du mur on lit le poème de Antonio Machado, qui regrette la mort de García Lorca à Grenade.

Ce n'est qu'avec la mort de Franco en 1975 que la vie et le décès de Lorca sont discutés librement en Espagne. De nos jours, une statue de Lorca est en évidence sur la Plaza de Santa Ana à Madrid. En 2008, la justice espagnole accepte que la fosse commune dans laquelle est enterré le poète soit ouverte dans l’intimité, en présence de la seule famille. Toutefois, de nombreuses controverses existent sur la présence de la dépouille du poète dans cette fosse commune. En effet, des recherches, effectuées pendant plusieurs semaines, en vue d'une exhumation, sont abandonnées le 18 décembre 2009. On ignore si le poète a effectivement été assassiné dans le champ d'Alfacar ou s'il a été transféré dans un lieu inconnu.

Oeuvres

     Poésie

  • Impresiones y paisajes (« Impressions et paysages », 1918) : prose.

  • Libro de poemas (« Livre de poèmes », 1921)

  • Poema del cante jondo (« Poème du cante jondo », 1921)

  • Canciones (« Chansons », 1922)

  • Oda a Salvador Dalí (« Ode à Salvador Dalí »), 1926)

  • Romancero gitano (« Romancero gitan », 1928)

  • Poeta en Nueva York (« Poète à New York », écrit autour de 1930, publié en 1940)

  • Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías (Llanto por Ignacio Sánchez Mejías) publié en espagnol en 1935, traduit en français par R. Simon en 1945, réédition Actes Sud, 1992, (ISBN 2868698646). Ce poème a rendu célèbre le vers A las cinco de la tarde le poème figure parmi les plus connus de la poésie contemporaine[1].

  • Seis poemas galegos (« Six poèmes galiciens », 1935)

  • Primeras canciones (« Premières chansons », 1936)

  • Diván del Tamarit (« Divan du Tamarit », 1936)

  • Sonetos del amor oscuro (« Sonnets de l’amour obscur », 1936)

Le poème "Vuelta de paseo"[modifier]

VUELTA DE PASEO ("Retour de promenade"), composé en 1929 puis publié en 1930.[2]

Théâtre

  • El Maleficio de la mariposa (« Le Maléfice du papillon » : écrit en 1919-20, création en 1920)

  • Mariana Pineda (écrit en 1923-25, création en 1927, inspiré par le destin tragique de l'héroïne de même nom)

  • La Zapatera prodigiosa (La Savetière prodigieuse : écrit en 1926-30, création en 1930)

  • Amor de Don Perlimpín con Belisa en su jardín (Les Amours de Don Perlimpín avec Belise en son jardin : écrit en 1928, création en 1933)

  • Bodas de sangre (Noces de sang : écrit en 1932, création en 1933)

  • Yerma (écrit en 1934, création en 1934)

  • Doña Rosita la soltera (Doña Rosita, la célibataire : écrit en 1935, création en 1935)

  • Retablillo de Don Cristóbal (Le Jeu de Don Cristóbal : écrit en 1931, création en 1935)

  • Los títeres de Cachiporra (Le Guignol au gourdin : écrit en 1928, création en 1937)

  • Así que pasen cinco años (Lorsque cinq ans seront passés : écrit en 1931, création en 1945)

  • La casa de Bernarda Alba (La Maison de Bernarda Alba : écrit en 1936, création en 1945)

  • El público ('Le Public : écrit en 1930-1936, création en 1972)

  • Le Songe de la vie (écrit en 1936, création en 1986)

Musique

  • Las morillas de Jaén

  • Les Berceuses / Las nanas infantiles; (ISBN 978-2-916694-26-9) éditions Marguerite Waknine 2010.

Courtes pièces de théâtre

  • El paseo de Buster Keaton (« La balade de Buster Keaton », 1928)

  • La doncella, el marinero y el estudiante (« La demoiselle, le marin et l'étudiant », 1928)

    Scripts de films

Citations

  • « On n’a pas un enfant comme on a un bouquet de roses. » - Extrait d’Yerma

  • « Chaque femme a du sang pour quatre ou cinq enfants et lorsqu'elle n'en a pas, il se change en poison. » - Extrait d’Yerma

  • « Naître femme est le pire des châtiments. » - La maison de Bernarda Alba

  • « Rien n'est plus vivant qu'un souvenir. » - Doña Rosita

  • « La pierre est un dos fait pour porter le temps. » - Darmangeat

  • « Lo más importante es vivir » (Le plus important, c'est de vivre)

  • « Mis primeras emociones están ligadas a la tierra y a los trabajos del campo… sin este mi amor a la tierra no hubiera podido escribir Yerma o Bodas de Sangre » (Mes premières émotions sont liées à la terre et aux travaux des champs ... Sans cela, sans mon amour de la terre, je n'aurais pu écrire "Yerma" ou "Bodas de Sangre")

 

Officine et dénonciation

A Fernando Vela

Sous les multiplications

il y a une goutte de sang de canard ;

sous les divisions il y a une goutte de sang de marin ;

sous les additions, un fleuve de sang tendre.

Un fleuve qui avance en chantant

par les chambres des faubourgs,

qui est argent, ciment ou brise

dans l’aube menteuse de New York.

Les montagnes existent. Je le sais.

Et les lunettes pour la science.

Je le sais. Mais je ne suis pas venu voir le ciel.

Je suis venu voir le sang trouble,

Le sang qui porte les machines aux cataractes e

t l’esprit à la langue du cobra.

Tous les jours on tue à New York

quatre millions de canards,

cinq millions de porcs,

deux mille pigeons pour le plaisir des agonisants,

un million de vaches,

un million d’agneaux

et deux millions de coqs,

qui font voler les cieux en éclats.

Mieux vaut sangloter en aiguisant son couteau

ou assassiner les chiens

dans les hallucinantes chasses à courre

que résister dans le petit jour

aux interminables trains de lait,

aux interminables trains de sang,

et aux trains de roses aux mains liées

par les marchands de parfums.

Les canards et les pigeons,

les porcs et les agneaux

mettent leurs gouttes de sang

sous les multiplications,

et les terribles hurlements des vaches étripées

emplissent de douleur la vallée

où l’Hudson s’enivre d’huile.

Je dénonce tous ceux qui ignorent l’autre moitié,

la moitié non rachetable

qui élève ses montagnes de ciment

où battent les coeurs des humbles animaux qu’on oublie

et où nous tomberons tous à la dernière fête des tarières.

Je vous crache au visage.

L’autre moitié m’écoute dévorant, chantant, volant dans sa pureté,

comme les enfants des conciergeries

qui portent de fragiles baguettes dans les trous

où s’oxydent les antennes des insectes.

Ce n’est pas l’enfer, c’est la rue.

Ce n’est pas la mort, c’est la boutique de fruits.

Il y a un monde de fleuves brisés

et de distances insaisissables

dans la petite patte de ce chat cassée par l’automobile,

et j’entends le chant du lombric dans le coeur de maintes fillettes.

Oxyde, ferment, terre secouée.

Terre toi-même qui nage dans les nombres de l’officine.

Que vais-je faire ?

mettre en ordre les paysages ?

Mettre en ordre les amours qui sont ensuite photographies,

Qui sont ensuite morceaux de bois et bouffées de sang?

Non, non, non, non ; je dénonce.

Je dénonce la conjuration de ces officines désertes

qui n’annoncent pas à la radio les agonies,

qui effacent les programmes de la forêt,

et je m’offre à être mangé par les vaches étripées

quand leurs cris emplissent la vallée où l’Hudson s’enivre d’huile.

Federico Garcia Lorca

Un poète à new York,

“Officine et dénonciation”,

tr. fr. Pierre Darmangeat modifiée, Gallimard, 1961.