Pierre PERRET

pierre perret 1935

 

 

S’il est un personnage à part dans la chanson française, c’est bien Pierre Perret.

Travailleur infatigable sous des airs nonchalants, trousseur de calembours maniant avec finesse la langue verte et le propos grivois, maître ès argot, mais puriste, il utilise un langage à citer en exemple dans un monde où le pléonasme, l’impropriété, la faute d’orthographe, et pour tout dire la trivialité, sévissent de toutes parts, sonnant l’exécution capitale du français.

Chanteur et avant tout poète, gourmand des mots et des nourritures, adepte d’un hédonisme qu’il prescrit volontiers, bon vivant chaque fois que possible, il dresse, dans la plaisanterie ou le sérieux, d’une écriture mordante, des tableaux de mœurs où, parfois burlesque et toujours minutieux, il révèle avec pertinence les lacunes d’une société plus que jamais agitée d’inquiétantes convulsions.

Suscitant le rire, exaltant les sentiments justes, fustigeant les intolérances, il avance, témoin de son temps, sur une voie claire et sans compromissions, excellant dans l’art du portrait, passant du récit taquin à la constatation acérée et au réquisitoire face aux comportements inconvenants. Gratifié de talents dont il fait usage sans étalage, baladin gracieux et courtois d’une époque maussade et velléitaire, il chante avec précision les beautés, travers, plaisirs et indécences, balançant entre amuseur public et narrateur lettré.pierre_perret_ecole_primaire C’est dans la jolie ville de Castelsarrasin, Castel, comme disent les gens du cru, que, le 9 juillet 1934, vient au monde Pierre, premier fils de Maurice et Claudia Perret. Sur les bords du canal latéral à la Garonne, Maurice tient le Café du Pont, bar-restaurant où aiment se désaltérer et se nourrir de bonne cuisine régionale les mariniers qui font halte après avoir emprunté la pente d’eau de Montech, les ouvriers métallurgistes, des soldats, ou les agriculteurs venus vendre leurs produits au marché. Là, le gamin entame une enfance pittoresque, bercée par cette clientèle hétéroclite, authentique et franche dans ses propos, terrain propice à l’observation de personnages originaux, taciturnes ou forts en gueule, raffinés ou pue-du-bec.

 

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Pierre monte un beau jour à Paris, faisant la route en voiture avec des copains, pour aller écouter un chanteur qui se produit au Théâtre des trois Baudets. Georges Brassens est celui qu’ils ont choisis d’aller applaudir. Ils l’admirent tous les 4 mais c’est Pierre qui va lui rendre visite dans sa loge. Très vite, une amitié s’instaure entre ces deux gars du Sud dont les idées se rejoignent et dont les écritures s’avéreront en fin de compte assez proches.

 

Il se met par ailleurs à fréquenter assidûment l’écrivain Paul Léautaud, cloîtré à Fontenay-aux-Roses en solitaire misanthrope, qui développe son éducation en matière de littérature, de poésie, et qu’il sera l’un des rares à côtoyer régulièrement jusqu’à la fin 1955 peu avant sa mort en 1956.

 

Vient ensuite Les filles ça me tuera, qui commence à ébaucher la diversité du style Perret, puis, en 1964, Trop contente, année où il passe à l’Olympia en première partie des… Rolling Stones, dans un programme hétéroclite où figurent également le groupe Rocky Roberts & The Airedales et le charmeur italien Bobby Solo.

Quittant son HLM de Gennevilliers, la famille, sur l’insistance de Rébecca, s’installe dans un vieux bâtiment presque en ruines proche de Nangis, en Seine-et-Marne. À force d’opiniâtreté, ils feront de ce petit domaine en pleine nature, La Garde Dieu, une confortable et accueillante résidence où, fuyant les méfaits des additifs industriels, ils cultivent un immense jardin potager et élèvent volailles et cochons.

Lorsqu’il remonte en octobre 1970 sur une scène parisienne, c’est à Bobino qu’il triomphe cette fois, succès conforté l’année suivante par Non j’irai pas chez ma tante, Les baisers, le très poétique La cage aux oiseaux, que vont bientôt chanter tous les enfants francophones, et par le facétieux Dépêche-toi mon amour. Dans un domaine plus formellement littéraire, il publie Adieu, Monsieur Léautaud, livre d’hommage sur son amitié avec l’écrivain disparu.

Le zizi: une interdiction à la radio d’État, mais aussi un plébiscite national avec cinq millions d’exemplaires vendus pour le 45-tours, plus d’un million pour le 33-tours, et seize Disques d’Or.

Ayant achevé une nouvelle série de tournées, dont les déplacements se faisaient souvent en famille, il décide d’interrompre momentanément ce programme « trop » chargé, et décide de se consacrer aux voyages pendant près de trois ans. Il effectue en 1977 son retour avec Lily, qui, dénonçant la xénophobie et le sort des immigrés, lui vaut le Prix de la Ligue Contre le Racisme et l’Antisémitisme chanson étudiée depuis dans des milliers d’écoles.

 

inauguration_ecole_pierre_perret_sadiracIl écrit tant et si bien qu’il entre en 1988, à la demande de Michel Rocard, alors Premier ministre, au Conseil supérieur de la langue française, où, avec les autres membres, il explore les questions relatives à l’usage, l’aménagement, l’enrichissement et la promotion de la langue, honneur impressionnant pour un titulaire du seul Certificat d’études, dont, cependant, vingt-deux écoles portent aujourd’hui le nom.

Sa gourmandise naturelle ne l’empêche pas d’éprouver, peut-être justement parce qu’il a la chance de pouvoir y satisfaire, des préoccupations quant à la famine en Afrique, exprimées en 1989 dans l’album Riz pilé.

 

La France, entretemps, a vécu des moments contrariants. L’extrême droite a connu un regain de popularité. Les pollutions de tous ordres se sont développées. Les intégrismes religieux se sont réveillés. Les excès de certains dogmes et doctrines, les inerties face à un empoisonnement lent et avéré, la montée des ségrégations le dérangent, et sur tout cela il s’est mis à écrire. Il en résulte en 1998 l’album La Bête est revenue, où, bien qu’il ait retravaillé et tempéré plusieurs textes sur l’insistance de ses avocats, il dénonce de façon directe et explicite les dérèglements d’une société à la recherche d’elle-même. Il y met en exergue le chauvinisme, l’ostracisme, le fondamentalisme, la destruction de l’environnement, reçoit des courriers d’insultes, de menaces, mais il n’en a cure, sûr de sa bonne conscience. Début 1999, la Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme, lui décerne son Grand Prix.

En 2002, il est honoré du Prix Alphonse Allais, seul prix littéraire à récompenser l’humour, tandis qu’il publie Le parler des métiers, recensant le vocabulaire imagé et souvent très drôle de cent quarante-cinq professions, tâche ardue ayant nécessité plus de treize années de travail bardé d’enquêteurs qui collectèrent de précieux vocables et locutions dans tout l’Hexagone. Tout ceci afin de garder la mémoire d’un patrimoine collectif où l’on découvre de petits bijoux linguistiques.dictionnaire_thematique_le_parler_des_metiers_pierre_perret C’est l’année où paraît également Çui-là, fustigeant inlassablement, une fois encore, les puissances de l’argent et les grands salauds, stigmatisant les marchands d’armes, les dealers, le dopage, les rapaces de la mondialisation et les États à la morale élastique. Mais, toujours un peu fleur bleue, il y chante aussi l’amour sous ses diverses formes, coquine, leste ou poétique.

Son nouveau passage au Casino de Paris est l’occasion d’un enregistrement en public où l’on remarque, au côté de ses plus célèbres succès et de quelques polissonneries, deux terribles réquisitoires : Au nom de Dieu, sur la connerie des guerres de religion, et La petite kurde, qui, diatribe contre les soudards bestiaux, pourrait être son complément. À peu près au même moment, les librairies accueillent son autobiographie,

Le Café du Pont, que Manuel Poirier adaptera en film en 2009, et vient ensuite Mélangez-vous. Là, à côté de chansons égrillardes et de jolis poèmes, il établit le constat des anomalies d’une planète où rien ne se déroule comme on l’aimerait. Prônant la mixité raciale, moyen efficace d’éroder les préjugés, il relève la détresse morale des prostituées, la misère des hôpitaux, et dresse un quasi résumé de l’imbécillité humaine, meurtrière de la liberté d’expression.Et puis, sous forme de pied de nez aux radios, il y rend aussi hommage à celui qui fut son ami et un peu son maître, Georges Brassens, qui, s’il revenait « n’donnerait plus souvent l’aubade à la radio l’matin » parce qu’il n’a pas la bonne couleur sonore…

 

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Après un nouveau détour par les chemins de la luxure avec Les trésors de la paillardise, Pierre Perret nous octroie un album de la plus haute importance, La femme grillagée, où, à côté de ses habituelles expressions de la tendresse, de l’humour ou de la poésie, figurent des sujets de société traités d’une plume acérée. La femme grillagée, c’est celle qui porte la burqa, dont elle est prisonnière au sens moral comme au physique, rabaissée au rang d’objet par des préceptes incompréhensibles, mais il y a en outre dans ce disque la mise en évidence de bien d’autres failles. Concernant les femmes, il évoque encore celles qui sont battues, meurtries dans leur chair et leur corps, et aussi le plaisir féminin, puis il pose d’autre part un regard alarmé sur Les enfants d’là-bas, gosses des pays en guerre frappés de famine et de misère. Avec La mère des cons, il constate par ailleurs les méfaits d’Internet, cette toile où les cons en question échangent entre eux « la diarrhée de leur cerveau ». « Le paradoxe, note-t-il pertinemment à ce propos, est que le con croit que c’est les autres qui le sont. »

Pierre Perret reste avant tout le champion de la vérité, dénonçant mine de rien, d’une écriture précise, toutes les bassesses, ignominies et inégalités. Avec ces trente disques rassemblant l’œuvre de tant d’années où cet homme, malgré le décervelage des temps présents, persiste à chercher le mot juste dans une phrase soignée, il nous fait le cadeau d’un passionné de belle vie dont la vocation semble furieusement être, en matière de chanson, de mettre sans relâche les pieds dans les plats.

Alain-Guy Aknin

Extrait de la biographie du site officiel de Pierre Perret: l'ami Pierrot

 

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Pierre Perret : mes chansons engagées

 

chansons_engagees_pierre_perretCD 1

01. La femme grillagée 02. Amour, liberté, vérité 03. Donnez-nous des jardins 04. La bête est revenue 05. Une minute de soleil en plus 06. Malika 07. Le poulet 08. L’hôpital 09. Le plus mauvais d’entre vous 10. Mère noël 11. Je te tue 12. Mélangez-vous 13. Quelle époque on vit 14. Voir

 

CD 2

01. Lily 02. La vivouza 03. Y’a cinquante gosses dans l’escalier 04. La petite kurde 05. Vert de colère 06. Le prince passe 07. Elle attend son petit 08. La bérézina 09. Liberté zéro 10. Le monsieur qui vend des canons 11. Angine de poitrine 12. Les enfants d’là-bas 13. Ferdinand 14. Le temps des tabliers bleus 15. Femmes battues

 

 

Metissage - Melangez vous                                     Les femmes battues de Pierre Perret

pierre perret - lily                                                               pierre perret - la petite kurde