180px-Arafat_Darwish_HabashMahmoud DARWICH au centre de la photo en 1980 avec Yasser Arafat et Georges Habache.

Mahmoud Darwich (en arabe : محمود درويش), né le 13 mars 1941 à Al-Birwah en Galilée (Palestine sous mandat britannique) et mort le 9 août 2008 à Houston (Texas, États-Unis), est une des figures de proue de la poésie palestinienne.

Profondément engagé dans la lutte de son peuple, il ne cesse pour autant jamais d'espérer la paix et sa renommée dépasse largement les frontières de son pays. Il est le président de l'Union des écrivains palestiniens. Il publie plus de vingt volumes de poésie, sept livres en prose et est rédacteur de plusieurs publications, comme Al-jadid - (الجديد - Le nouveau), Al-fajr (الفجر - L'aube), Shu'un filistiniyya (شؤون فلسطينية - Affaires palestiniennes) et Al-Karmel (الكرمل) . Il est reconnu internationalement pour sa poésie qui se concentre sur sa nostalgie de la patrie perdue. Ses œuvres lui valent de multiples récompenses et il est publié dans au moins vingt-deux langues.

Il est connu pour son engagement au sein de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). Élu membre du comité exécutif de l'OLP en 1987, il quitte l'organisation en 1993 pour protester contre les accords d'Oslo. Après plus de trente ans de vie en exil, il peut rentrer sous conditions en Palestine, où il s'installe à Ramallah.

 

Si tu n’es pas pluie, mon amour,

Sois arbre,

Fécond… Sois arbre.

Et si tu n’es pas arbre, mon amour,

Sois pierre

Humide… Sois pierre.

Et si tu n’es pas pierre, mon amour,

Sois lune

Dans le songe de l’aimée… Sois lune

Ainsi parla une femme

A son fils qu’on enterrait

Extrait de : Etat de siège traduit de l’arabe par Elias Sanbar, pho­to­gra­phies d’Olivier Thébaud, Actes Sud, 2002.

 --------------------------

 

 C’est en janvier 2002 que, reclus à Ramallah, Mahmoud Darwich a écrit ce poème en quelques quatre-vingt-dix fragments. Actes Sud/Sindbad (mars 2004) nous en livre la traduction française d’Elias Sanbar, lui-même écrivain palestinien, accompagnée d’une série de photographies d’Olivier Thébaud.

Par ce poème fait d’instantanés, de scènes ordinaires, de pensées fugitives, Darwich, aujourd’hui unanimement considéré comme l’un des plus grands poètes arabes contemporains, nous signifie la douleur de l’assiégé, relie le quotidien à l’espoir, insuffle le poétique dans l’horreur de l’occupation, il nous parle aussi avec simplicité des martyrs palestiniens. 

----------------------------      

Extraits de ce «poème immédiat»:

Ici, sur les pentes des collines, face au couchant
Et à la béance du temps,
Près des vergers à l’ombre coupée,
Tels les prisonniers,
Tels les chômeurs,
Nous cultivons l’espoir.
-------------

Nos pertes : entre deux et huit martyrs
Par jour,
Dix blessés,
Vingt maisons,
Cinquante oliviers,
Sans oublier le déséquilibre structurel qui
Frappera le poème, la pièce de théâtre et le tableau inachevé.
--------------


J’ai écrit vingt lignes sur l’amour
Et il m’a semblé
Que ce siège
Avait reculé de vingt mètres !...
------------


Dans le siège, le temps devient espace
Pétrifié dans son éternité.
Dans le siège, l’espace devient temps
Absent au rendez-vous.
-----------


Le martyr m’explique :
Derrière l’horizon je n’ai pas cherché
Les vierges de l’éternité car j’aime la vie
Sur terre, entre les pins et les figuiers.
N’ayant pu l’atteindre,
Je l’ai cherchée dans la dernière chose que je possédais :
Le sang dans le corps de l’azur.

-----------------------------------------------
           Rédaction de Babelmed