Missak Manouchian ne nous est connu que par l'ignoble et infamante affiche rouge, placardée à Paris au printemps 1944 et stigmatisant les 23 résistants du FTP-MOI (Main d'œuvre Ouvrière Immigrée). Cette affiche tirée à 15 000 exemplaires voulait dresser la France contre les juifs (douze étaient juifs), et en fait tous les étrangers. Le groupe Manouchian fut l'un des fers de lance de la résistance, il fut l'honneur de la France.

Louis Aragon en fit un poème-symbole, en empruntant d'ailleurs beaucoup à la dernière lettre de Manouchian à sa femme Mélinée.

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Tout avait la couleur uniforme du givre

À la fin février pour vos derniers moments

Et c'est alors que l'un de vous dit calmement

Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre

Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

 

 

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LE MIROIR ET MOI

Dans tes yeux de la fatigue et sur ton front tant de rides,

Parmi tes cheveux les blancs, vois, tant de blancs camarade…

Ainsi me parle souvent l'investigateur miroir

Toutes les fois que, muet, je me découvre seul en lui.

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Tous les jours de mon enfance et les jours de ma jeunesse

Je – cœur parfois tout disjoint – les brimais pour l'holocauste

Sur l'autel des vanités tyranniques de ce temps,

Naïf – tenant pour abri l'espoir tant de fois promis.

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Comme un forçat supplicié, comme un esclave qu'on brime

J'ai grandi nu sous le fouet de la gêne et de l'insulte,

Me battant contre la mort, vivre étant le seul problème…

Quel guetteur têtu je fus des lueurs et des mirages !

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Mais l'amertume que j'ai bue aux coupes du besoin

S'est faite – fer devenue – que révolte, qu'énergie :

Se propageant avec fureur mon attente depuis

Enfouie jusqu'au profond du chant m'est cri élémentaire.

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Et qu'importe, peu m'importe :

Que le temps aille semant sa neige sur mes cheveux !

Cours fertile qui s'élargit et qui s'approfondit

Au cœur de toute humanité très maternellement.

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Et nous discutons dans un face-à-face, à "contre-temps",

Moi naïvement songeur, lui ironique et lucide; Le temps ?

Qu'importe ce blanc qu'il pose sur les cheveux :

Mon âme comme un fleuve est riche de nouveaux courants.

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missak-manouchian maigre

PRIVATION

La question, des amis parfois me la posent:

" Comment vis-tu donc, et comment l'âme ardente

Veux-tu donner force aux cœurs qu'a fuis l'espoir ?

Le pain et le besoin sont ton lot pourtant."

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Quand j'erre dans les rues d'une métropole,

Toutes les misères, tous les dénuements,

Lamentation et révolte l'une à l'autre,

Mes yeux les rassemblent, mon âme les loge.

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Je les mêle ainsi à ma souffrance intime,

Préparant avec les poisons de la haine

Un âcre sérum – cet autre sang qui coule

Par tous les vaisseaux de ma chair, de mon âme.

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Cet élixir vous semblerait-il étrange ?

Il me rend du moins la conscience du tigre,

Lorsque dents et poings serrés, tout de violence,

Je passe par les rues d'une métropole.

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Et qu'on dise de moi: il est fou d'ivresse,

Flux et reflux d'une vision

Ne cessent d'investir mes propres pensées,

Et je me hâte, assuré de la victoire.

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Traduction de l'arménien par Gérard HEKIMIAN Source: LA POESIE ARMENIENNE  Anthologie des origines à nos jours Réalisée sous la direction de Rouben Mélik Les Editeurs Français Réunis 21, rue de Richelieu – Paris 1er